
RDC – RWANDA – USA
Décision de Justice & projets de transferts de migrants vers la RDC et le Rwanda :
Encore un accord mort-né ?
Les États-Unis pris au piège de leur propre stratégie
La décision rendue le 18 septembre 2026 par la Cour d’appel fédérale aux Etats-Unis constitue un sérieux revers pour la politique américaine d’expulsion vers des « pays tiers ». Dans l’affaire « D.V.D. v. Department of Homeland Security », la justice américaine a confirmé que Washington ne pouvait transférer certaines personnes vers un pays tiers sans leur garantir une notification effective et une possibilité réelle de contester leur transfert lorsqu’elles invoquent un risque de persécution ou de torture

La vraie question : traiter les causes plutôt que les conséquences
Pour le CNRC, cette nouvelle situation doit surtout , d’une part , conduire Washington à s’interroger sur sa stratégie et , d’autre part , rendre les congolais plus vigilants sur les véritables motivations des arrangements du gouvernement congolais avec le gouvernement américain dont il y a lieu de continuer à douter sérieusement de leur véritable volonté de résoudre la crise qui perdure dans la région des grands lacs africains.
En effet, si les États-Unis veulent réellement réduire les migrations, pourquoi ne pas consacrer davantage d’efforts à favoriser l’émergence d’États capables d’offrir sécurité, justice, institutions crédibles, opportunités économiques et respect des droits fondamentaux à leurs propres populations ?
La politique d’expulsion traite principalement la conséquence.La stabilité politique traite davantage la cause.
Or, les États-Unis se retrouvent aujourd’hui à financer, soutenir ou négocier avec des gouvernements dont la situation politique et sécuritaire est elle-même au cœur des problèmes régionaux. C’est sur cette contradiction fondamentale que le CNRC entend attirer l’attention des congolais et les inviter à la vigilance. On ne peut pas durablement combattre les conséquences d’une crise migratoire sans s’interroger sur les systèmes politiques et sécuritaires qui contribuent à la produire.
Dans la cas présent , cette décision de justice ne prononce pas l’annulation de l’accord conclu par exemple entre Washington et Kigali ou Kinshasa. Cependant, elle permet aux congolais de gagner du temps pour continuer à organiser la résistance à une occupation et un processus de balkanisation , de destabilisation de la RDC , amorcé par l’administration Clinton ( avec justement les pays proxys que sont les Rwanda et l’Ouganda) et avec lequel l’administration Trump n’a toujours pas clairement et définitivement rompu.
En effet , elle est susceptible de compliquer et de ralentir considérablement la mise en œuvre de tout projet reposant sur le transfert de migrants vers des pays tiers, notamment lorsque le pays de destination présente lui-même des risques documentés en matière de sécurité ou de droits humains. C’est précisément ce qui pose question pour le Rwanda et la République démocratique du Congo.
Le Rwanda a accepté en 2025 d’accueillir jusqu’à 250 migrants expulsés des États-Unis, et plusieurs personnes ont déjà été transférées dans le cadre de ce dispositif. Dans le même temps, Washington a exploré plus largement la possibilité de conclure des accords avec des États tiers afin d’éloigner de son territoire des personnes qu’il ne souhaite plus y maintenir.
Or, le principe même de ces transferts devient beaucoup plus complexe lorsque les personnes concernées peuvent invoquer des risques liés à leur pays de destination.
Rwanda et RDC : la question de la sécurité et des droits humains

Le problème est particulièrement sensible dans le cas du Rwanda et de la RDC.
Les propres rapports du Département d’État américain ont documenté, concernant le Rwanda, des préoccupations relatives notamment aux détentions arbitraires, aux restrictions des libertés politiques et médiatiques, ainsi qu’à des violations graves des droits humains.
S’agissant de la RDC, les États-Unis ont eux-mêmes reconnu l’ampleur des violences et des violations des droits humains liées au conflit dans l’est du pays, tandis que les Nations unies ont documenté de graves abus et déplacements de populations. Il faut de plus ajouter à cela une généralisation de l’insécurité dans le reste du pays , particulièrement à Kinshasa où les cas de violences diverses ne cessent d’augmenter.
Dans ces conditions, tout projet visant à transférer vers ces deux pays des personnes considérées comme particulièrement difficiles à éloigner des États-Unis est appelé à faire l’objet d’un examen juridique et sécuritaire beaucoup plus poussé.
Pour le CNRC, c’est là une faiblesse structurelle de cette politique : En effet, Washington cherche à externaliser un problème intérieur vers des États dont la situation politique, sécuritaire et institutionnelle peut précisément devenir un nouvel obstacle juridique.Marco Rubio avait annoncé la couleur
L’objectif de l’administration Trump a pourtant été clairement exprimé par le secrétaire d’État Marco Rubio. En avril 2025, alors que Washington recherchait activement des pays susceptibles d’accueillir des personnes expulsées des États-Unis, Rubio expliquait que l’administration cherchait à envoyer à l’étranger « some of the most despicable human beings », ( càd « certaines des personnes les plus abjectes « ) ajoutant que plus la destination serait éloignée des États-Unis, mieux ce serait.
Cette politique visait notamment des personnes présentées par l’administration comme des migrants criminels ou représentant une menace pour la sécurité américaine.
Dès lors, la décision de la justice fédérale prend une dimension particulière pour les Congolais et les Rwandais vivant déjà dans des environnements marqués par l’insécurité et les tensions politiques.
Le CNRC estime ainsi que la multiplication des garanties judiciaires exigées par les tribunaux américains peut rendre ces transferts plus longs, plus complexes et plus coûteux, et pourrait dissuader Washington de privilégier des destinations dont la situation sécuritaire et les garanties en matière de droits humains sont contestées.
Agenda caché et accord mort-né ?

Un autre enseignement de cette affaire concerne la viabilité même de ces accords. L’expérience britannique du projet d’expulsion vers le Rwanda avait déjà montré combien ce type de dispositif pouvait être confronté à des obstacles judiciaires, politiques et financiers. Aux États-Unis, le même type de difficultés apparaît désormais.
Un rapport de la commission des Affaires étrangères du Sénat américain a estimé que les premiers transferts vers certains pays tiers avaient représenté des coûts très élevés pour Washington, avec une estimation d’environ 1,1 million de dollars par personne pour les sept transferts vers le Rwanda.
Si les nouvelles exigences judiciaires imposent davantage de notifications, d’examens individuels, de recours et de vérifications avant transfert, les coûts pourraient encore augmenter. Pour le CNRC, cela pose une question de bon sens : combien Washington est-il prêt à dépenser pour transférer une seule personne vers un pays où son transfert pourrait précisément être contesté devant les tribunaux américains ?
À plus d’un million de dollars par personne dans certains cas déjà documentés, la question de la viabilité économique de cette politique ne peut pas être ignorée.
Pour le CNRC, cette situation pose finalement une question plus large sur Washington et doit plus que jamais reveiller la vigilance des congolais : quel type de partenaires les États-Unis choisissent-ils lorsqu’ils cherchent à externaliser leurs difficultés migratoires ?
Washington peut conclure des accords avec Kigali ou Kinshasa. Mais encore faut-il que les partenaires choisis soient en mesure de fournir les garanties politiques, sécuritaires et juridiques nécessaires à leur mise en œuvre. Sinon, chaque nouvel accord risque de devenir une succession de procédures judiciaires, de dépenses considérables, de controverses diplomatiques et de difficultés pratiques.
Signer des accords avec des gouvernements dont la gouvernance et le bilan en matière de droits humains suscitent des critiques peut permettre, à court terme, de trouver des destinations pour certaines personnes expulsées. Mais cela peut également créer, à moyen terme, de nouveaux risques juridiques, diplomatiques et financiers.
L’expérience rwandaise aurait du déjà constituer un avertissement. Et si Washington s’engage dans la mise en place d’un dispositif similaire avec Kinshasa, rien ne garantirait que celui-ci échappe aux mêmes difficultés.
La décision du 18 septembre constitue un rappel particulièrement important : on ne peut pas simplement déplacer le problème migratoire américain vers un autre territoire en considérant que les obligations juridiques disparaissent avec le changement de pays.
Pour le CNRC, cette nouvelle situation doit relancer le débat sur les causes profondes des migrations et de l’instabilité dans la région des Grands Lacs et la volonté réelle de Washington de regler les problemes posés. Si Washington cherchait véritablement la paix et la justice , plutôt que de multiplier les mécanismes d’externalisation, il aurait du consacrer davantage d’efforts à la recherche de solutions politiques et institutionnelles durables dans les pays concernés.
La décision de la justice américaine du 18 septembre rend une chose beaucoup plus claire : les accords de transfert vers des pays tiers ne sont pas de simples arrangements administratifs. Ils sont soumis à des contraintes judiciaires, financières, sécuritaires et diplomatiques considérables. Et lorsqu’ils concernent des pays comme le Rwanda ou la RDC, engagés eux-mêmes dans une région instable et au cœur d’un processus de paix soutenu par Washington, ces contraintes deviennent encore plus importantes. A ce stade et concernant le Rwanda et la RDC ces accords s’apparentent désormais à des accords morts nés.
Pour le CNRC, le véritable enseignement de cette affaire est donc ailleurs . Car comment croire Washington lorsque les Etats- unis cherchent à externaliser leurs problèmes en choisissant des partenaires dont les propres difficultés politiques et sécuritaires risquent de devenir les obstacles à cette même politique? Autrement dit comment croire à la bonne foi de Washington lorsqu’ils cherchent en quelque sorte, à éteindre un incendie en maintenant des piromanes à leurs postes de commandements , et pire encore en les dotant de plus de moyens financiers ?
Au peuple congolais de ne plus faire preuve de naiveté et d’en tirer les conséquences qui s’imposent
Paris le 22 Septembre 2026
Pour le Conseil National de la Résistance Congolaise (CNRC)
Candide OKEKE
• Responsable du pilotage stratégique du CNRC
• Collaboratrice de Mr Honoré Ngbanda de 2005 à 2021
• Responsable du site www.resistancecongolaise.com
• Vice-présidente Nationale de l’APARECO


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